2019 novembre

12 novembre 2019
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Quels sont les événements fondateurs de la pensée décoloniale ?

Le courant de décolonisation épistémique a deux principales sources historiques. La première source, celle intellectuelle, est le fruit d’une prise de conscience collective et progressive des intellectuels des pays subalternes, pendant les luttes pour libérer leurs pays du joug colonial et permettre une certaine émancipation culturelle et intellectuelle des espaces colonisés. Ces intellectuels ont perçu l’importance de réfléchir à une réappropriation des savoirs, de l’histoire et de la culture que la colonisation a contribué à déconstruire et à inférioriser. Ces auteurs, pour la plupart africains et afro-descendants, ont tenté de réhabiliter la pensée des peuples colonisés à travers la production littéraire, historique et philosophique sur la capacité des peuples colonisés à affirmer leur identité et à la faire valoir aux yeux du monde. Nous pensons particulièrement aux théoriciens de la Négritude tels que William Dubois, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas, et à bien d’autres comme les défenseurs du panafricanisme, tels Kwame Nkrumah, Frantz Fanon, Cheick Anta Diop, pour ne citer que ceux-là. Ces différentes productions qui appartiennent au courant de la critique coloniale et postcoloniale, ont été loin de résoudre la question. Néanmoins, il faut leur reconnaître l’audace d’avoir pensé et d’avoir pris position, à partir d’une « relecture critique de l’héritage colonial, dé-colonial et néocolonial afin d’éviter la déshumanisation de l’homme à partir d’un renversement des idées reçues. »[1] Le courant de la pensée décoloniale s’en inspirera et se fondera sur ces travaux antérieurs.

À propos des origines politiques du projet de la décolonialité, Walter Mignolo nous renseigne qu’il « naquit lors de la conférence de Bandung en 1955. (…) L’objectif majeur de la conférence était d’établir un terrain d’entente et la vision commune d’un futur qui ne soit ni capitaliste, ni communiste. La voie de la « décolonisation » était ouverte ».[2] Le projet va se poursuivre à la conférence des pays non-alignés à Belgrade en 1961.

Ces événements fondateurs qui fixent le cadre de réflexion sur la pensée décoloniale ont provoqué dans les milieux anglo-saxons, latino-américains et africains, une éclosion et un développement des études postcoloniales et décoloniales et ont contribué à « reformuler, dans une perspective interculturelle, les questions indispensables au renouvellement de la pensée humaine vue dans sa pluralité. »[3] La pensée décoloniale, en s’appropriant les acquis de ces rencontres, va se fixer plusieurs objectifs : faire une critique de la colonialité, analyser le mécanisme de la matrice coloniale du pouvoir, déconstruire l’hégémonie occidentale et proposer une nouvelle perspective épistémique qui n’est pas cartésienne, mais qui se déprend des schèmes de pensées occidentales. Pour les penseurs de la décolonialité, il ne s’agit plus d’une philosophie fondée sur le cogito ergo sum de Descartes ; mais de « l’affirmation d’un « être qui existe là où il pense » au lieu d’un « être qui existe parce qu’il pense ». »[4]

Le prochain parcours approfondira, dans la perspective des fondements de la pensée décoloniale, les enjeux de ce courant de pensée. A bientôt…

Jean-Valère Kouwama, aa.

Membre du R.J.I.A)

Etudiant au Centre Sèvres (Paris)

[1] ELAME, Esoh, La pédagogie postcoloniale, Paris, L’harmattan, 2016, p. 27.

[2] MIGNOLO, Walter, « Géopolitique de la sensibilité et du savoir. (Dé)colonialité, pensée frontalière et désobéissance épistémologique », in Mouvements, 73, 1/2013, p. 182.

[3] ELAME, Esoh, op. cit., p. 30.

[4] MIGNOLO, Walter, La désobéissance épistémique. Rhétorique de la modernité, logique de la colonialité et grammaire de la décolonialité, (Coll. « Critique sociale et pensée juridique » 2), Trad. par Jasmine JOUHARI Y. et MAESSCHALCK M., Bruxelles, Ed. P.I.E. Peter Lang, 2015, p. 117.


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Déclaration d’Abidjan sur le leadership féminin – Intégration africaine – Panafricanisme

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Les Ateliers de l’intégration Africaine (ATIA) 2019 « Leadership féminin et enjeux du vivre-ensemble en Afrique » du 31 juillet au 4 août 2019

Préambule :

Les Ateliers de l’Intégration Africaine sont un concept proposé par le Réseau des Jeunes pour l’Intégration Africaine (RJIA) à côté des Voyages d’Intégration Intégration Africaine (VIA). Ces ateliers proposent aux jeunes de différents pays, une plateforme de formation et de partage d’expérience autour d’une thématique en lien avec l’intégration africaine. Nous faisons le constat selon lequel la question du « vivre-ensemble » est devenue une question centrale dans la vie des hommes. Sur le plan politique, social, culturel et religieux les hommes ont de plus en plus du mal à s’entendre et à vivre-ensemble.  En son temps, Martin Luther King avait suggéré une orientation de comportement pour favoriser le vivre-ensemble : « nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ». Le vivre-ensemble implique par conséquent un engagement de toutes les couches sociales et surtout la prise en compte du genre, comme une démarche obligée pour mettre femmes et hommes au service de la construction de la paix. Dans ce sens nous pouvons reconnaître que cette paix ne sera possible que si la femme, maillon incontournable de la société, est vraiment impliquée dans la gouvernance et dans la lutte pour l’intégration et l’unité du continent africain.

Nous, jeunes du RJIA, en partenariat avec l’association HIDAYA de la diaspora africaine, à l’issue des ATIA 2019 dont le thème nous interpelle sur le leadership féminin à travers la notion du vivre ensemble, sentons le désir d’un meilleur engagement, de la part des autorités politiques civiles militaires et religieuses, de la jeunesse de façon générale et des femmes en particulier.

En effet durant trois jours, des jeunes issus de plusieurs pays où est implanté le RJIA (Burkina, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo), Afrique centrale (Cameroun) et de la diaspora africaine vivant en France, ont bénéficié de formations et de partages d’expériences autour de la thématique de ces ateliers.

Au sortir de ces ATIA 2019, nous retenons de fortes urgences à savoir :

  • Améliorer et valoriser la notion du vivre-ensemble ;
  • Vulgariser l’importance du rôle de la femme dans la fabrique du vivre-ensemble ;
  • Promouvoir l’éducation comme socle du développement pour le continent africain.

Aux autorités politiques et religieuses nous attendons :

  • L’information et la formation sur les textes favorisant la libre circulation des personnes ;
  • La mise en place d’une police commune régionale des frontières et d’une cellule de veille pour une libre circulation des personnes;
  • La (ré)valorisation de la formation et des études de façon générale et de manière spécifique dans la sous-région car, comme l’écrivait Joseph KI-ZERBO : « un peuple qui refuse de prendre en charge sa jeunesse est un peuple suicidaire »
  • La (ré) valorisation de l’apport de la femme dans la fabrique du vivre ensemble ;
  • L’accompagnement des différentes formes de leadership féminin qui se développent sur le continent africain et dans sa diaspora.

A la jeunesse africaine et sa diaspora, nous recommandons :

  • L’appropriation de notre histoire ;
  • L’appropriation de la lutte pour l’intégration africaine ;
  • La mise à disposition de nos savoirs, savoir-faire et savoir-être au service du développement du continent africain ;
  • La veille et le plaidoyer pour le respect des engagements pris par nos dirigeants dans la consolidation de l’unité africaine.

Aux jeunes filles et jeunes femmes, nous souhaitons :

  • La prise de conscience de leur rôle dans la fabrique du vivre ensemble ;
  • La valorisation de leur apport dans la formation initiale et continue pour un leadership transformationnel et bienveillant ;
  • L’appui sans faille dans les structures de développement communautaires, dans les instances ; politiques, syndicales, et de décisions professionnelles ;
  • L’implication dans l’entreprenariat/l’auto-emploi.

 

Abidjan, le 4 août 2019

Les Participants



Conditions de participation

– Etre âgé (e) de 17 à 35 ans.
– Vouloir vivre une expérience humaine, interculturelle, inter-religieuse et panafricaine.


Modalités d’inscription

– Curriculum vitae
– Lettre de motivation à envoyer via notre adresse mail



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