« Dans l’eau, il y a plus que le crocodile » : Penser en temps de crise !

« Dans l’eau, il y a plus que le crocodile » : Penser en temps de crise !

IMG_9096-1280x853.jpg

« Dans l’eau, il y a plus que le crocodile » : Penser en temps de crise !

Dans une lettre adressée à un des amis et collaborateurs, le philosophe Emmanuel Mounier écrivait en 1949, un an avant sa mort, les mots étonnants que voici : « l’évènement sera notre maître intérieur ». Cette phrase, après lui, deviendra célèbre, car, elle contient en elle une ligne spirituelle, philosophique et politique très forte pour l’homme d’action. L’évènement est de l’ordre de l’imprévu, de l’imprévisible, de l’inattendu, du non-maitrisable, comme l’est en ce moment le Covid-19 qui se propage dans notre monde. En s’introduisant dans nos existences, cet évènement introduit une brisure, une modification, et peut-être même une cassure entre le passé et le futur. Et nous voici face à des défis dont il faut bien prendre la mesure en essayant de voir comment préparer la naissance d’un nouveau monde.

D’énormes défis pour notre siècle

Les clés du XXI° siècle[1]. C’est le litre d’un ouvrage fort passionnant, publié par l’UNESCO, comprenant des textes écrits par des chercheurs au fait de leurs disciplines. Ce livre, de plus de cinq pages, est fascinant en raison de toutes les questions qu’il soulève, les interrogations nées des évolutions de notre monde et tous les défis auxquels notre monde allait être confrontés au cours du XXI° siècle, depuis le questionnement incertain sur le futur, jusqu’aux problématiques suscités par un monde de plus en plus global en passant par les défis liés à la préservation de l’espèce humaine, le choc des cultures, et les questions de vivre-ensemble, etc….

Prendre la mesure de ce qui nous arrive

« Confiné », du fait de cette pandémie du Covid-19 qui ravage le monde entier, je me suis remis à relire ce livre prospectif, Les clés du XXI° siècle, livre dont l’ambition est de nous proposer une « éthique du futur » selon la belle formule de Jürgen Habermas.  Au cours de ma lecture, le titre d’un des chapitres a retenu mon attention : « De quoi souffrirons-nous au XXI° siècle ? » avec un sous-titre intitulé « La science face aux maladies émergentes et réémergentes ». On y apprend que dès 1996, l’Organisation mondiale de la santé avait lancé un cri d’alarme en ces termes : « Nous sommes à la veille d’une crise mondiale en ce qui concerne les maladies infectieuses. Aucun pays n’est à l’abri. Aucun pays ne peut plus se désintéresser de la question ». On pensait alors, que la recrudescence des maladies était favorisée par les modifications de l’environnement, l’urbanisation sauvage, la croissance de la pauvreté, la mondialisation et la multiplication des voyages internationaux. On se demandait, au début des années 2000, comment le XXI° siècle allait s’y prendre pour se prémunir des grandes pandémies qui le menacent ? Il faudra sans doute se donner encore du temps pour pouvoir penser ce qui nous arrive avec la pandémie du covid-19, mais en même temps, il n’est pas interdit de se donner quelques repères pour prendre la mesure de ce qui nous arrive.

La faute à la mondialisation ?

Notre monde ne cesse de se mondialiser. Les éléments phares pour symboliser cette mondialisation « globalisation », sont là, sous nos yeux : les technologies de l’information, la Banque mondiale, etc…Ce qui est moins perceptible, c’est que derrière la mondialisation sont masquées bien de confrontations et des tempêtes. Comme aimait à la répéter le professeur Joseph Ki-Zerbo, « dans l’eau, il y a plus que le crocodile ». En fait, il ne faut pas se faire des illusions : la mondialisation constitue un facteur du développement des maladies. Aujourd’hui, plus qu’avant, un virus peut se déplacer à la vitesse des avions. Le Covid-19 est, sous nos yeux, une preuve palpable. Des virus adaptés aux conditions de vie de populations jugées lointaines se propagent au sein de populations mal préparées. Une des leçons que nous laissera la pandémie qui décime notre monde, c’est que la mondialisation, loin d’être neutre, est « potentiellement enceinte du meilleur et du pire » (Ki-Zerbo). Le chemin sur lequel nous entraine la mondialisation est parsemé d’embûches. Avec l’avènement du Covid19, c’est une nouvelle phase de la mondialisation qui se met en route. Elle fonctionnera pour tous, si, et seulement si, elle se donne un visage humain.

La faute au changement climatique ?

Ce qui se passe autour de nous avec le Covid-19 suscite de nouvelles interrogations sur nos relations avec le monde naturel et animal qui nous entoure. En tout cas, une chose est sûre : autour de nous l’air et l’eau sont pollués tandis que le modèle occidental de développement contribue à la dégradation de l’environnement, à l’épuisement des ressources naturelles, à la production de quantités énormes de déchets et à l’expansion des bidonvilles surpeuplés où les conditions sanitaires désastreuses aggravent les effets nocifs des émissions de gaz carbonique d’oxyde de soufre et d’azote. Conséquence : notre air est de plus en plus chargé d’agents susceptibles d’affaiblir notre système immunitaire, ce qui nous rend plus vulnérables. Dans un monde global comme le nôtre, la situation du coronavirus est très inquiétante. Il est possible de le vaincre, mais il faut se donner les moyens en accentuant la prévention. Et en Afrique, notre stratégie de lutte doit s’adapter aux réalités du terrain, avec l’idée que, désormais, l’Afrique ne pourra plus se dédouaner d’un véritable engagement dans la recherche épidémiologique et la recherche appliquée.

Prévoir, anticiper

Le philosophe camerounais Engelbert Mveng aimait citer une parole du « sorcier de son village » qui disait : « l’homme crée toujours le temps dont il a besoin ». En d’autre termes, l’avenir est ce que nous créons. Face au coronavirus, les spécialistes de la prospective disent que s’il est difficile de répondre à la question de savoir si cette pandémie était prévisible ou pas, on peut au moins affirmer qu’elle était parmi les scénarios possibles. Pour Alioune Sall, « la situation actuelle ne procède […] pas d’une fatalité à laquelle l’humanité ne pouvait échapper; elle est le résultat de dynamiques multiples dans lesquelles se mêlent des variables d’ordre économique, social, politique, environnemental, culturel et technoscientifique. La pandémie aurait pu prendre une tournure différente, moins dramatique, si les autorités sanitaires étaient mieux préparées pour y faire face »[2]

Le défi lancé donc à notre humanité est d’être permanemment en éveil pour « faire face » ! Pour ce faire, Alioune Sall propose plusieurs pistes. Il nous faut d’abord mobiliser les connaissances, les compétences pour comprendre et combattre le Covid-19. Les Instituts de recherche et des chercheurs africains et afro-descendants doivent être mis à contribution. Certains pays africains sont déjà dans cette voie. Il nous faut ensuite bien communiquer, en donnant la bonne information, au bon moment et en utilisant les bons canaux. Il faut fuir, comme on fuit le Covid19, les demi-vérités et les charlatans de tous bords. Tout cela, évidemment, n’est possible que si se met en place un leadership politique crédible, stratège et audacieux capable de faire face à une situation inédite comme celle que nous vivons, et capable de trouver des stratégies innovantes pour lutter contre le coronavirus.

Quelque chose de nouveau à venir ?

Peut-être que quelque chose de nouveau est en train de se passer dans et pour nous monde. Ici et là, il faut donc, dès maintenant, tirer les enseignements de Gaston Berger, le père de la prospective : « congénitalement myopes en ce qui concerne la vision de l’avenir, nous commençons à penser qu’il y a là des lointains à voir, que l’on pourra voir, qu’il faut s’appliquer à voir ».

 

Jean-Paul Sagadou

Ouagadougou

01/04/2020

[1] Les Clés du XXIe siècle, Seuil, Éditions UNESCO, Paris, 2000

[2] Cf. Alioune SALL, https://www.seneplus.com/societe/la-pandemie-donne-naissance-un-precariat-mondial.

communication service


Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *



Conditions de participation

– Etre âgé (e) de 17 à 35 ans.
– Vouloir vivre une expérience humaine, interculturelle, inter-religieuse et panafricaine.


Modalités d’inscription

– Curriculum vitae
– Lettre de motivation à envoyer via notre adresse mail



Inscription à l’infolettre

Saisir votre adresse mail

—–


Suivre RJIA sur les réseaux sociaux



YULCOM Technologies © 2019