[La chronique de Jean-Paul Sagadou] – Réactiver le rêve africain : Leçons du Covid-19 pour la jeunesse africaine

[La chronique de Jean-Paul Sagadou] – Réactiver le rêve africain : Leçons du Covid-19 pour la jeunesse africaine

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Devenir des « poètes » de l’unité africaine.

 

Jean-Paul est l’initiateur des Voyages d’Intégration Africaine (V.I.A). Depuis une dizaine d’années, il travaille à donner à la jeunesse africaine la possibilité de participer à la construction d’une Afrique nouvelle par des rencontres interculturelles et interreligieuses d’intégration africaine. Dans cette chronique, il est en quête les leçons du covid-19 pour la jeunesse africaine.

 

 

Léopold Sédar Senghor nous a enseigné que c’est en poète que l’être humain doit habiter la terre pour être digne d’exister. C’est peut-être le dernier appel qu’on peut lancer à la jeunesse africaine et afro-descendante : devenir des « poètes » de l’unité africaine. En grec, le mot « poète » signifie d’abord « celui qui fabrique, celui qui crée » ; puis de l’idée de création et d’invention, l’on est passé à celle de l’imagination créatrice et d’activité de mise en forme verbale de l’inspiration poétique[1]. Il semble que c’est ce que fait le dyâli[2] : il fabrique le chant et le fait entendre aux autres. Faire entendre, c’était aussi le sens originel qu’on donnait au mot « kôra[3] » en mandingue.

Bref, il nous faut inventer, créer une autre Afrique à la mesure des enjeux du moment.  La créativité ou l’esprit de créativité est un pouvoir. Un pouvoir de création, c’est-à-dire d’élaboration, d’innovation, d’invention ou de conception qui, par un simple acte de volonté, de courage et parfois d’intrépidité, permet que ce qui n’est rien ou presque, devienne quelque chose ou que ce qui était quelque chose, devienne une autre. Grâce à notre capacité de créativité, nous pouvons concevoir, organiser et développer. L’histoire africaine sollicite nos initiatives, nos audaces. Serons-nous à la hauteur des attentes de ce continent ? L’Europe compte au moins 27 pays aux liens organiques, l’Amérique de Trump fonctionne sur le principe de « America first », les États dits émergents constituant le BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine…) ont des relations très concertées.  Les pays de l’Amérique Latine développent une coopération pour résister à l’isolement. Les pays d’Asie et du Pacifique entretiennent une Coopération efficace. Les pays de l’Océanie ne sont pas abandonnés à la dérive du chacun pour soi. Donc, comment à l’heure des grands rassemblements, l’Afrique peut-elle continuer à chérir le modèle du « chacun pour soi » ? Comment laisser, à cette ère des grands rassemblements, chaque territoire africain évoluer dans le principe « du chacun pour soi » ? Dans son tout récent livre sur L’urgence africaine, l’économiste togolais Kako Nubukpo a rappelé que lors de la première conférence panafricaine organisée sur le continent africain, à Accra, en octobre 1958, Nkrumah avait assené : « Les barrières et frontières artificielles tracées par les impérialistes pour diviser les peuples africains, au détriment des Africains, doivent être abolies ou modifiées »[4]. Si nous voulons changer nos conditions de vie en Afrique, si nous voulons changer de cap, alors il nous faudra dépasser les égoïsmes nationaux, travailler à la mise en place d’une monnaie commune avec une banque centrale, la mise en place d’une diplomatie commune, avec un commandement militaire commun ainsi que la valorisation du « consommer local » et du « made in africa »[5], etc. Tout cela ne se fera pas sans une vraie «  décolonisation des économies, des politiques et des cultures afin de créer un nouveau départ pour le continent »[6].

Vraiment, vous n’avons pas le choix : il nous faut imaginer, il nous faut créer une Afrique à la hauteur de nos aspirations, les plus fortes. « L’Afrique, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est une construction européenne. Ce sont les Européens qui l’ont baptisée, dessinée, créant des fractures au cœur d’ensembles homogènes, imposant leur langue par des politiques d’assimilation, comme le firent les colons français »[7]. C’est une raison suffisante pour que nous soyons devant la nécessité de nous recréer, de nous réinventer. Imagination et créativité sont des ressources indispensables pour ceux qui veulent inventer une nouvelle manière d’être au monde, une nouvelle manière « d’être-Afrique » et de « faire-Afrique ». Quand dans son œuvre Orphée-Dafric [8], Werewere Liking nous renvoie au mythe d’Orphée, elle veut éclairer notre nuit par une lumière neuve. Orphée, « est celui qui a traversé le séjour des défunts avant de remonter à la surface, détenteur de secrets offertes uniquement à ceux qui ont entrepris ce voyage, cette initiation. Poète musicien, Orphée incarne aussi l’imagination, la créativité, ressources nécessaires à ceux qui doivent se relever. Ayant voyagé en Égypte, il s’y est instruit des mystères d’Osiris, figure par excellence du mort ressuscité »[9]. En tout cas, n’oublions pas l’enseignement de la sagesse africaine qui dit que « la forêt n’est pas une richesse tant que les hommes et les femmes ne la transforment pas ».

 

Jean-Paul Sagadou

Initiateur des V.I.A

 

 

[1] Cf. Frédéric TREFFEL, La Tentation de l’Afrique. Néo-gratitude, Afropolis, Mondialité, éd. Honoré Champion, Paris, 2019, p.

[2]Dyâli : Mot d’origine mandingue. C’est un troubadour, un poète, un chanteur d’Afrique de l’Ouest, dans la zone soudano-sahélienne.

[3] La kora est un instrument de musique à cordes originaire du Mali que l’on trouve dans toute l’Afrique de l’Ouest.

[4] Cf. Kako NUBUKPO, L’urgence africaine. Changeons le modèle de croissance !, éd. Odile Jacob, Paris, 2019, p. 129-130.

[5] Cf. Idem, p. 131.

[6] Ngugi Wa Thiong’o, Pour une Afrique libre, Philippe Rey, Paris, 2017, p. 77.

[7] Léonora MIANO, Habiter la frontière, L’Arche, 2012, p. 26.

[8] Orphée-Dafric, L’Harmattan, Paris, 1981.

[9] Léonora MIANO, L’impératif transgressif, L’arche, 2016, p. 15.

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