TUTU ET L’UBUNTU

TUTU ET L’UBUNTU

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DESMOND  TUTU ET L’UBUNTU : un homme et une pensée au service de la jeunesse africaine.

Alors qu’il est enterré ce 1er janvier 2022 au Cap, en Afrique du Sud, je propose ici, à la jeunesse africaine de découvrir l’une des plus grandes « voix » de l’Afrique et en même le prêtre anglican qui a le mieux travailler à mettre en œuvre la philosophie de l’ubuntu. Il me faut d’abord donner une idée du contexte politique de l’Afrique du Sud, ensuite, je livrerai quelques éléments sur la figure de Desmond Tutu, avant de dire ce que signifiait pour lui et son compatriote Nelson Mandela, la notion d’ubuntu. Tout cela devra me permettre de dire l’actualité du concept ubuntu et ce qu’il constitue comme interpellation et appel pour la jeunesse africaine.

I. L’Afrique du Sud : le contexte politique

L’Afrique du sud, le pays de Desmond Tutu, est un pays d’Afrique noire qui a été, pendant longtemps, rassasié de souffrances.  C’est le seul pays au monde où le racisme a été inscrit dans la Constitution. Un mot, presqu’intraduisible, a été au cœur de la vie de ce peuple d’Afrique. Le mot « apartheid ». Il signifie une « séparation », « une mise à part ». Pendant plus de trente ans, l’Afrique du Sud aura marché sur la route de la ségrégation raciale intégrale, absolue. L’apartheid a été un dogme dont l’infaillibilité n’a pas été mise en cause par les blancs zélateurs qui l’ont promu et entretenu. Là-bas, en Afrique du Sud, la pratique raciste a servi l’exploitation capitaliste et la dégradation humaine. A partir des années 1960, malgré la répression farouche des blancs, des hommes noirs créent des mouvements de résistance. Ils ont des noms : Nelson Mandela, Allan Boesak, mais aussi une figure assez exceptionnelle : Desmond Tutu. Prix Nobel de la Paix , il est la porte par laquelle, nous allons essayer de nous faire une idée du concept, à la fois philosophique, éthique et théologique de l’ ubuntu.

II. Qui est Desmond Tutu ?

Il est né le 7 octobre 1931 dans une cité dortoir située à 180 kilomètres de Johannesburg. Après avoir été enseignant, il s’engage dans des études de théologie, pour devenir par la suite, le premier archevêque anglican noir du Cap et de Johannesburg. Il se met au service d’une théologie qui prend au sérieux le contexte africain et travaille pour la promotion d’une théologie noire, après avoir emprunté cette expression à un théologien noir américain du nom de James CONE, auteur d’un magnifique livre, intitulé « Dieu est noir ». L’objectif de cette théologie est de rejeter l’interprétation déformée du message chrétien imposée au peuple noir par les Eglises dominées par les Blancs. A la fin des années 70, Desmond Tutu devient l’une des grandes voix chrétiennes qui s’élèvent contre l’apartheid. Ce qu’il veut, c’est un changement radical mais « aussi pacifique que possible ». Il appelle à la désobéissance à l’égard des lois iniques et voit dans l’apartheid un système totalement injuste, immoral et pervers. En 1979, il écrit un texte intitulé : « L’Afrique du sud dont je rêve » où il affirme : « D’après la Bible, un être humain ne peut être pleinement humain que s’il appartient à une communauté. Une personne est une personne à travers d’autres personnes, comme nous disons dans notre parler africain. Par conséquent, séparer des personnes en fonction d’accidents biologiques est condamnable et blasphématoire. Chaque personne a droit à l’enracinement dans une vie communautaire, et la première communauté, c’est la famille ». Plus loin, dans le même texte, il ajoute : « J’insiste beaucoup sur l’humanité, sur la possibilité d’être vraiment humain. Dans notre culture africaine, le don précieux du partage fait partie de l’Ubuntu, de l’être-homme ». Le mot est donc lâché, celui de l’ubuntu. Que signifie-t-il ?

III. Desmond Tutu et l’ubuntu.

Le 11 février 1990, Nelson Mandela est libéré après 27 ans d’emprisonnement sous le régime de l’apartheid. En 1994, il est élu président de la république d’Afrique du Sud. Dès lors son souci est : imposer par la force de ses actes et de ses mots un respect unanime et une idée de la politique d’une noblesse rare. Pour diriger un pays dans lequel des crimes ignobles ont été commis contre la majorité noire, il n’opte pas pour la vengeance, mais pour la RECONCILIATION. Il cherche une théorie, une méthode et des moyens pour dépasser la barbarie sociale. Il faut soigner la société et la refonder à partir d’un chaos semé par des années de ségrégation. Pour cela, il ne se tourne pas vers la philosophie occidentale. Il va puiser dans les ressources culturelles africaines qui ont nourri sa prime enfance. Il se replonge dans l’expérience des pratiques sociales sans domination, de sa tribu. S’inspirant alors de la pensée ubuntu, il soutient la réconciliation et la négociation, et crée la Commission Vérité et Réconciliation en 1995 et Desmond Tutu en devient le Président. Tous les deux, Mandela et Tutu vont s’appuyer sur cette notion d’ubuntu pour dessiner un idéal de société opposé à la ségrégation afin de promouvoir la réconciliation nationale.

IV. Approches multiples et unifiées de la notion d’ubuntu
 1) Un mot des peuples Bantous

Pouvant être traduit par « je suis parce que nous sommes », ubuntu appréhende l’individu dans sa relation avec les autres. Le vocable « ubuntu » appartient au groupe ethnique des Bantous (ensemble de peuples africains parlant plus de 400 langues apparentées ; – Lingala, swahili, Kikongo, zulu, etc..). Le mot ubuntu est connu dans des textes écrits depuis les années 1846. Il semble que la première trace écrite que l’on trouve du terme ubuntu date de 1846, sous la plume du missionnaire britannique Henry Hare Dugmore.

2) La définition de Desmond Tutu

« Dans notre langue africaine, écrit Desmond Tutu, nous disons : ‘une personne n’est une personne que par d’autres personnes’. Aucun d’entre nous ne vient en ce monde pleinement formé. Nous ne saurions ni penser, ni marcher, ni parler, ni nous conduire comme des êtres humains si nous ne l’apprenions d’autres êtres humains ». ou encore « Quelqu’un d’ubuntu est ouvert et disponible pour les autres, dévoué aux autres, ne se sent pas menacé parce que les autres sont capables et bons car il ou elle possède sa propre estime de soi — qui vient de la connaissance qu’il ou elle a d’appartenir à quelque chose de plus grand — et qu’il ou elle est diminué quand les autres sont diminués ou humiliés, quand les autres sont torturés ou opprimés. »

3) Ubuntu est plus que le nom d’un logiciel informatique.

Le concept ubuntu est un concept polysémique. Le mot ubuntu désigne un idéal de société opposé à la ségrégation, il se présente comme un instrument capable de promouvoir la réconciliation nationale. Ubuntu renvoie à une éthique communautaire de l’existence humaine. La dimension relationnelle est un des éléments majeurs de cette philosophie. Pour l’Afrique, la communauté est un véritable tissage social où s’entremêlent les relations humaines, et c’est ce qui soutient la vie de tout un chacun dans la communauté. Replacé dans le contexte de la philosophie politique, ubuntu pourrait traduire l’expression de la social-démocratie à l’africaine, mettant en avant les valeurs de la justice, de l’égalité, de la solidarité, de la liberté, du dialogue, du partage, de l’intérêt collectif, etc. C’est donc un projet politique qui promeut la réconciliation nationale.

4) Ubuntu : un appel à l’unité et à la solidarité

Ubuntu dit que le progrès, l’amélioration, l’évolution, le développement ne peuvent être l’œuvre d’une personne, qu’il faut plutôt s’associer, il faut se mettre à plusieurs. C’est donc un appel à l’unité, à l’amour, à la dignité, à l’harmonie. Ubuntu enseigne que le moteur de l’histoire n’est pas forcément dans l’affrontement et dans la compétition, mais dans la collaboration et la coopération. Il considère que le fait de s’associer pour faire une chose est une forme plus évoluée pour l’être humain que l’éclatement et l’isolement. Ubuntu enseigne qu’on ne peut pas être heureux tout seul.

5) Une métaphore pour le dire

C’est l’histoire de l’anthropologue américain et les enfants africains : « Un anthropologue a proposé un jeu à des enfants d’une tribu d’Afrique australe. Il a posé un panier plein de fruits sucrés près d’un arbre et a dit aux enfants que le premier arrivé remportait le panier. Quand il leur a dit de courir, ils se sont tous pris par la main et ont couru ensemble, puis se sont assis ensemble profitant de leurs friandises. Quand il leur a demandé pourquoi ils n’avaient pas fait la course, ils ont répondu : “ UBUNTU, comment peut-on être heureux si tous les autres sont tristes ?”“ UBUNTU ” dans la culture Xhosa signifie : “ Je suis parce que nous sommes ”. » Ubuntu est contre la concurrence exacerbée où les faibles et les pauvres sont écrasés. Dans la perspective de l’ubuntu, connaître le succès n’est pas un grand bien, si on y parvient aux dépens des autres et en étant agressivement compétitif. En fait, « nous ne nous développons pas sans qu’il y ait compétition, mais une compétition qui n’admet pas l’autre et n’a pas besoin de l’autre est barbare et destructrice » (Cf. Rowan Williams, cité par Timothy Radcliffe, pourquoi donc être chrétien, p. 197)

6) Ubuntu : Une éthique de vie

L’Ubuntu est d’abord une éthique de vie. Une manière d’être. Les valeurs de l’ubuntu sont nombreuses : la justice, l’égalité, l’intégrité, la solidarité, la liberté, le partage, l’intérêt collectif, etc. La philosophie d’ubuntu reconnaît non seulement la diversité mais surtout la complémentarité de l’humanité. C’est une base solide pour construire une société d’équité, de solidarité, de fraternité et de promotion de l’excellence collective.

7) Ubuntu : une philosophie, c’est-à-dire une sagesse

L’ubuntu est une philosophie humaniste africaine proche des notions de solidarité humaine et de dépendance mutuelle. Si le talent et la valeur de chaque individu sont reconnus, ils doivent servir l’intérêt commun. L’objectif cardinal d’ubuntu est d’établir des relations harmonieuses entre les peuples et les générations pour le bien de tous. L’ubuntu vise à construire une communauté, à lier les gens dans un réseau de relations réciproques.

8) Ubuntu ou le cogito africain

Là où le cogito cartésien fait dire « je pense, donc je suis », le cogito africain dira « je suis, parce que nous sommes ». Ce cogito africain est un cogito social qui invite, en toutes circonstances, à privilégier l’intérêt commun et non celui de sa seule individualité, mais aussi à chercher toujours à s’identifier aux autres, y compris à leurs sentiments hostiles, pour régler sa propre vie. Ubuntu parle de notre interconnexion, de notre humanité commune et de la responsabilité mutuelle qui découle de notre lien profondément ressenti. Ubuntu est la conscience de notre désir naturel de reconnaître nos frères humains, de travailler et d’agir les uns envers les autres avec le bien commun au premier plan de nos esprits.

V. Actualité et intérêt du concept ubuntu
 1) Ubuntu favorise la réconciliation et la cohésion sociale

Ubuntu est au cœur de l’idée de réconciliation. Ubuntu autorise la résilience, c’est-à-dire, la capacité de faire face aux adversités de la vie, de transformer la douleur en force motrice pour se surpasser, et en sortir fortifié. Ubuntu peut aider au renforcement de la coexistence pacifique entre des personnes d’identités ethniques, raciales, politiques, économiques et culturelles différentes. Ubuntu déploie un système sociopolitique qui implique le dialogue et la possibilité de réconcilier des forces antagonistes en les orientant vers un changement social positif.

2) Ubuntu accorde la primauté à la rationalité relationnelle

Considérer que l’homme est essentiellement relationnel remet en question la conception individualiste et égocentrique de l’être humain qui prévaut dans nos sociétés. L’efficacité de l’ubuntu vient donc de la primauté qu’il accorde à la rationalité relationnelle. C’est dans la dépendance et l’interdépendance mutuelle que nous accédons à la plénitude de notre humanité.

3) Ubuntu autorise une plus grande connaissance de l’homme

L’éthique africaine de l’ubuntu peut contribuer de manière très pertinente à une nouvelle connaissance de l’homme. L’apport principal du concept ubuntu consiste à affirmer qu’en tant qu’êtres humains, nous dépendons d’autrui pour atteindre le bien-être. Ubuntu lutte contre la toute-puissance du profit dans les relations économiques humaines en soulignant que, pour les sociétés africaines, la solidarité communautaire l’emporte de loin sur la poursuite individuelle d’une richesse accumulée au dépens de la communauté.  Depuis Descartes, la civilisation européenne a eu tendance à favoriser une certaine façon d’envisager l’être humain, comme être solitaire dont l’existence est fondée sur la conscience. Aujourd’hui, on a même transformé, le « Je pense, donc je suis » en « J’achète, donc je suis » ! Ubuntu nous suggère d’autres perspectives. Quand on dit, « Je suis, parce que nous sommes », on laisse entendre que l’identité n’est pas une possession solitaire. Au contraire, elle est donnée dans l’appartenance à une communauté.  On devient une personne en s’intégrant à la communauté. Et, développer son individualité en interaction avec les autres n’empêche pas d’être soi.

4) Ubuntu permet la mise en place d’une économie solidaire

Ubuntu peut nous permettre de mettre en place une « économie solidaire » ou une « économie relationnelle », c’est-à-dire une économie où les personnes sont plus importantes que les choses et où les relations interpersonnelles sont plus importantes que l’économie matérielle. Avec ubuntu, on est au cœur de ce que l’économiste togolais Kako Nubukpo appelle les « trois piliers de la vie africaine », à savoir la réciprocité, la redistribution et l’échange. Ces trois piliers structurent les rapports sociaux en contexte africain et ont du mal à s’allier avec les programmes de développement imposés de l’extérieur. La vision du monde que suggère la notion d’ubuntu pourrait concourir à produire en Afrique des institutions inclusives et solidaires. L’économie doit produire, non seulement des biens, mais aussi des liens sociaux et les liens à leur tour peuvent produire des biens. Il y a interaction entre « liens » et « biens ».

5) Ubuntu permet de renouveler nos modes de gouvernance

Sur le continent africain, depuis les indépendances, les formes de gestion du pouvoir et de la gouvernance instaurées, ici et là, ont créé un large fossé entre le peuple et ses dirigeants, entraînant une intensification des conflits violents au sein du peuple africain. Sans l’autonomisation des peuples africains grâce à leurs héritages culturels, qui incluent les héritages de la philosophie ubuntu, la vie politique, dans les États africains postcoloniaux, aura du mal à apporter une véritable réconciliation et une paix durable aux peuples du continent.

6) Ubuntu permet de développer de nouvelles relations humaines

Depuis la philosophie des Lumières, la pensée occidentale a eu tendance à diviser pour mieux régner (humain/nature, masculin/féminin, électeur/élu, médecin/patient…). Cette manière de voir les choses semble aujourd’hui dépassée et nous avons besoin de nouveaux liens, de développer de nouvelles relations à tous les niveaux. Un exemple : La séparation entre le masculin et le féminin est devenu insupportable pour notre monde. Ubuntu veut nous « relier » les uns avec les autres. La vision ubuntu de la place de la femme et des rapports entre le féminin et le masculin est particulièrement stimulante pour penser la question du vivre-ensemble dans le contexte africain.

7) Ubuntu permet de renouveler notre sens de la démocratie

Il n’y a démocratie que là où des citoyens s’associent pour dépasser leurs oppositions et revendiquer le pouvoir de se gouverner eux-mêmes. C’est important pour l’Afrique d’expérimenter des imaginaires et des formes de pouvoir capables de redonner à l’action politique de la légitimité et de l’efficacité. Ubuntu peut être le socle à partir duquel, on pense une démocratie dans laquelle la politique ne se vit pas comme une profession, mais comme une responsabilité partagée.

VII. Les appels lancés à la jeunesse africaine

Nous sommes dans un monde où nous avons besoin de grandir en humanité ensemble, de valoriser le vivre-ensemble, de mettre en place des économies collaboratives, solidaires, relationnelles. Dans ce sens, la notion d’ubuntu nous engage dans des actions concrètes.

1) L’importance de l’interdépendance dans notre vie

Il s’agit de cultiver le sentiment d’une forte appartenance à un groupe, à une communauté. On n’existe pas seul, on ne fait pas son bonheur seul. Dans une entreprise ou une communauté, ce qui importe, c’est la dynamique collective, pas la solitude. Il faut une implication collective et un engagement collectif au service du groupe, de la communauté. L’apport principal du concept ubuntu consiste à affirmer qu’en tant qu’êtres humains, nous dépendons d’autrui pour atteindre le bien-être. C’est dans la réalité de notre dépendance et interdépendance mutuelle que nous accédons à la plénitude de notre humanité.

2) La dignité de l’autre appelle sa considération

Qui dit ubuntu, dit empathie, reconnaissance, bienveillance. Il s’agit d’accorder de la valeur aux autres pour ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Cela dit, comme disait Nelson Mandela, être ubuntu ne signifie pas être complaisant et laisser faire mal un travail. L’enjeu est de ne jamais rabaisser les autres. Dans l’esprit d’ubuntu, celui qui abaisse les autres, c’est que lui-même est bas. L’ubuntu est la capacité, dans la culture africaine, d’exprimer la compassion, la réciprocité, la dignité, l’harmonie et l’humanité, dans l’intérêt de la construction et du maintien de la communauté, avec justice et attention mutuelle.

3) L’entraide

En absolu, personne ne peut réussir seul. Même le travail intellectuel est une œuvre humaine, une œuvre de compagnonnage. Ce qui est en jeu ici, c’est la solidarité du collectif. Ubuntu invite à se soutenir les uns les autres et dans les situations conflictuelles, il autorise la résilience.

4) La convivialité, le vivre-ensemble

Le rire et l’humour dans le respect de l’autre favorisent la création de liens solides et ouvrent des portes au bonheur. Un proverbe africain dit que  : « le rire d’un enfant éclaire toute une maison »

5) Célébrer la diversité comme une richesse

Les différences nationales, ethniques, religieuses, idéologiques et politiques ne doivent pas être un frein au vivre-ensemble. Ubuntu appelle à construire un monde de l’en-commun.

6) Renouveler la culture d’entreprise

Dans beaucoup d’endroits, dans le monde de l’entreprise, sans doute aussi à cause de la pandémie de la Covid-19, il y a des débats sur la nécessité de la refondation des modèles et des pratiques de culture d’entreprise dans le monde et en Afrique. Il semble que la crise a clairement montré les limites d’une vision managériale sous l’emprise de l’efficacité productive, de la rentabilité financière et de l’optimisation de la valeur actionnariale. L’ubuntu africain pourrait être mobilisé comme une valeur refondatrice de la culture d’entreprise, var il traduit le fait que l’identité individuelle ou organisationnelle (au sens de la culture d’entreprise) se construit fondamentalement dans la relation de soi à l’autre.

7) Sur le plan épistémologique

Pour l’Afrique, il y a la nécessité de se réapproprier son histoire et sa vision du développement, sans se limiter aux référentiels philosophiques, sociaux et politiques occidentaux. De fait, le contact violent de l’Afrique avec l’Occident a provoqué une rupture dans les modes d’être, de penser et de vivre des Africains. Des catégories, des concepts, des schèmes de pensée, une manière de vivre et de comprendre le monde et l’univers, ont été imposés aux Africains. Aujourd’hui, il y a une nécessité de travailler à la promotion et à la valorisation des systèmes de pensées africains, des paradigmes, des symboles et des imaginaires africains. Il semble qu’il nous faut « des mots nouveaux pour exprimer ce que nous sommes à présent, ce que nous voulons être » (Léonora Miano, Afropea, p. 44).  S’intéresser au concept ubuntu, c’est s’inscrire dans cette quête des paradigmes qui militent en faveur de la renaissance africaine, parce que ceux-ci (les paradigmes) correspondent à l’évolution des sociétés africaines, et parce qu’ils sont capables de renforcer l’autonomie et la souveraineté des sociétés africaines, dans un contexte marqué par le néolibéralisme et le capitalisme.

8) Sur le plan politique

60 années d’indépendance n’ont pas réussi à faire de l’Afrique un continent où il fait bon vivre. Nous sommes donc toujours en quête d’une philosophie politique à même de nous aider à construire des sociétés plus justes et plus conviviales. Parce que fondé sur une éthique du bien-être et du mieux-être, l’ubuntu est une philosophie de vie, une philosophie politique. En tant que telle, elle s’apparente à la social-démocratie moderne. Ce paradigme milite en faveur d’un contrat social sur la base de la reconnaissance mutuelle qui indique que le moteur de l’histoire n’est pas seulement dans l’affrontement et la compétition, mais dans la collaboration et la coopération, comme nous l’avons déjà fortement souligné.

Conclusion

Desmond Tutu est sans doute, avec Nelson Mandela, le principal promoteur de l’ubuntu, une philosophie humaniste africaine basée sur une culture de partage, de l’ouverture, de la dépendance mutuelle, du dialogue et de la rencontre interpersonnelle. Dans l’ubuntu, l’existence humaine s’épanouit en tant que partie d’un tout, la société prospère grâce à une humanité commune, et le pardon et la réconciliation sont des conditions préalables pour préserver l’harmonie sociale.

 

Jean-Paul SAGADOU

Initiateur des Voyages d’intégration africaine (V.I.A) et des Ateliers Ubuntu (A.T.U)

Sagadoujeanpaul@gmail.com

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